Automobile & télétravail

Quels impacts ?

16 juillet 2020

Jusqu’à un certain mois de mars 2020, le télétravail en France relevait plutôt de l’exception : il était autorisé dans certaines entreprises seulement et souvent limité à 2 jours par semaine. L’arrivée de la pandémie a renversé la tendance : le télétravail est devenu la règle, dès lors qu’il était possible.
Et plus encore : alors que certains y sont venus à marche forcée, nombreux sont les salariés qui ont fini par s’y habituer. A tel point que certains ne souhaitent pas revenir au bureau.
Regards croisés sur quelques 3 mois de télétravail…du point de vue des collaborateurs, de celui des entreprises et enfin sous l’angle de la mobilité domicile-travail.

Le point de vue des collaborateurs

Pas toujours de leur plein gré…
"Le confinement a provoqué l’obligation du télétravail pour beaucoup d'entreprises et la découverte pour certaines qui l’ont testé de manière imprévue et parfois dans la douleur", souligne Benoît Serre, vice-Président de l’Association Nationale des DRH (ANDRH). Effectivement, la France, contrairement aux pays du Nord ou anglo-saxons, privilégiait majoritairement le management par le présentéisme. La crise sanitaire a balayé ces habitudes, questionnant au passage les pratiques managériales, les habitudes de communication, l’équilibre vie personnelle – vie professionnelle.

Et finalement…
Et dans la dernière semaine du confinement, ils étaient plus de 70 % à souhaiter continuer à avoir recours au télétravail après le confinement, de manière régulière (pour 32 %) ou ponctuelle (41 %), (enquête de CSA pour Malakoff Humanis publiée le 6 mai). Bien sûr, à la perspective de retourner au bureau, certains s’inquiétaient pour leur santé, d’autres, habitués aux temps de transport importants, ont apprécié ce temps gagné en restant à leur domicile.

En entreprise

Avec l’arrivée du confinement, les entreprises ont dû elles aussi s’adapter. Et comme les collaborateurs, certaines ont trouvé dans cette marche forcée vers le télétravail, des opportunités de se réinventer.

L’exemple de PSA
Chez PSA, le travail à distance – pour les activités non directement liées à la production – est en train de devenir la règle. L’entreprise s’organise actuellement en « Flex Office » : chacun s’installe à un poste qu’il quitte le soir, pas de place définie. Le présupposé de base : tous les collaborateurs ne sont pas au bureau simultanément.

Des avantages pour l’entreprise
A la clé pour l’entreprise, des économies de surfaces de bureau, un nettoyage des locaux plus aisé, et… des budgets allégés sur certains postes importants. De plus, avec des salariés qui n’ont pas de contraintes de trajets, les plages horaires de travail peuvent être plus souples. Enfin, alors que l’épidémie n’est pas encore terminée, le maintien du télétravail rend la sécurité sanitaire des collaborateurs plus facile à assurer pour l’employeur.

Le casse-tête du retour des salariés
Avec les différentes mesures barrières à mettre en place dans les entreprises : équipements en plexiglass, stocks de masques, sens de circulation, multiples désinfections au virucide, le retour massif des salariés dasn les locaux est devenu un véritable casse-tête, sans parler du prorata de surface nécessaire pour permettre la « distanciation » entre chaque collaborateur et la gestion de la restauration collective.
De fait, Safran, Véolia, Publicis, L’Oréal ou Orange passeront (au moins) l’été en télétravail…

Un encadrement juridique à trouver
A nouvelle pratique, nouvelle réglementation.
Un employeur peut-il imposer le télétravail ? Quelles mesures, dans le cas d’une situation de télétravail prolongée, pour protéger la santé des télétravailleurs ? Quelles règles appliquer en matière de déplacements ? Etc.
Les entreprises ne sont pas encore arrivées au bout de l’exercice !

Entre domicile et entreprise : la mobilité des salariés

Une meilleure gestion des déplacements sur la route…
La prolongation de la situation de télétravail présente un autre avantage : elle permet de mieux gérer les trajets pendulaires domicile-travail. Alors que les transports en commun peinent à inspirer la confiance (quiconque les a empruntés aux heures de pointe perçoit la difficulté d’appliquer les mesures barrière), les modes individuels retrouvent de l’intérêt. Certains ressortent leur bicyclette, d’autres leur voiture. Ainsi, davantage de salariés en télétravail signifie des routes moins engorgées, et moins de passagers à bord des transports en commun.

Et dans les transports en commun
Bien entendu, c’est en région parisienne que le problème est le plus aigu. Il est alors demandé aux entreprises qui font revenir leurs salariés sur site, d’étaler les horaires d’arrivée et de départ de chacun. Alors que le réseau parisien accueille habituellement 5 millions de passagers par jour, le télétravail conjugué à l’étalement des horaires avait pour objectif de rester en deçà du seuil de 1,5 millions de voyageurs… limite qui permettrait d’appliquer les mesures de distanciation.

Une opportunité pour le recrutement ?
Si le télétravail doit se généraliser pour longtemps, le recrutement sur les métiers en tension ne va-t-il pas devenir plus simple ? Habitant Rennes, pourquoi ne pas postuler dans une entreprise située à Lyon, si l’on peut travailler de chez soi la majeure partie du temps ?

Alors, adaptation temporaire ou évolution durable ?
Pas moins des ¾ des DRH interrogés par l’ANDRH, prévoient un développement pérenne du télétravail. Il semble donc que nous soyons en présence d’une tendance lourde, qui ne se résume pas à un simple changement de lieu de travail.
Et plus de deux mois après le déconfinement, alors que certains salariés poursuivent le télétravail, nous n’avons sans doute pas pris toute la mesure des conséquences de cette crise sanitaire.