COVID-19 : Et l'environnement ?

L’épidémie de Coronavirus place en confinement un nombre croissant de pays d’Europe, devenue le foyer principal de la maladie : un choc sans précédent dans nos modes de vie, une chape de plomb qui rappelle probablement à nos aînés un certain jour de 1939…

25 mars 2020

De gré ou de force des entreprises ferment. On se déplace beaucoup moins, sur terre, dans les airs, sur l’eau. La tentation serait forte d’y voir un effet positif sur l’environnement et le changement climatique.

Alors que la France a encore peu de recul sur la question, la Chine et l’Italie l’ont précédée. Leurs exemples peuvent nous aider à appréhender les impacts du Coronavirus sur notre environnement. Mais ne tirons pas de conclusions hâtives : les choses ne sont pas aussi simples qu’elles en ont l’air…

Où le confinement est plutôt éco-friendly…

La qualité de l’air

Le site britannique Carbon Brief fait état d’un recul de 15 à 14 % de la production industrielle chinoise durant la première quinzaine de février. De fait, les émissions de gaz à effet de serre ont chuté de 25 %, ce qui représente pour ce pays-continent, 6 % des émissions mondiales… De nombreuses images satellitaires ont illustré ce propos, pour la Chine bien sûr, mais aussi à l’échelle de l’Italie, faisant apparaître une baisse importante de la concentration du dioxyde d’azote (NO2) dans la partie Nord du pays (la plus industrialisée).

Quant au trafic aérien, responsable de 8 % des émissions de ce même polluant, il devrait avoir perdu 40 millions de passagers à fin avril, (statistiques OAG, spécialisée dans la collecte des horaires des vols depuis 1929). Le groupe Air France-KLM anticipe une baisse de son activité de 70 % à 90 % au cours des deux prochains mois.

Enfin, le trafic automobile : au matin du 17 mars, premier jour du confinement, on ne dénombrait que 6 km de bouchons cumulés autour de Paris, au lieu des 130 habituels… Le recul est pour l’instant insuffisant pour quantifier les effets sur le territoire français, mais l’hypothèse d’un gain dans la qualité de l’air semble évidente…

L'eau, la faune et la flore

A Venise, les eaux des canaux, souvent décrites comme grises et malodorantes, ont retrouvé leur clarté, comme le montrent nombre de photos publiées sur les réseaux sociaux. La diminution du trafic fluvial attire à nouveau poissons et mammifères vers le port, tout comme à Cagliari en Sardaigne, où des dauphins ont été aperçus. Les oiseaux reviennent également dans la cité des Doges : la nature n’a pas tardé pour reprendre ses droits !

Moins d’électricité consommée en France

Globalement, sur la journée du lundi 23 mars, RTE annonce que la consommation d’électricité en France avait baissé de 10 %. Et pourtant...

... Et là où il l'est moins !

A l’heure du digital, le confinement physique fait exploser les connexions Internet. Et là, inutile de préciser que la bande passante est mise à rude épreuve !

En mode studieux

Le télétravail est généralisé à tous ceux pour qui il est possible. L’enseignement et la formation organisent la continuité de leurs cours et sessions à distance : la fermeture des écoles en Italie a entraîné une hausse de 70 % du trafic Internet aux heures de cours.

Lien social et vidéo

Et lorsque la journée studieuse est terminée, Internet devient le vecteur de tout autres usages :

  • Les loisirs : Télévision, streaming, jeux vidéo
  • Le lien social : appels ou rendez-vous vidéo, une nouvelle forme de convivialité ?
  • La recherche d’informations, toujours importante dans ce climat anxiogène.

Le seul visionnage de vidéos en ligne a généré en 2018 plus de 300 millions de tonnes de CO2, soit près de 1 % des émissions mondiales  ! Ce chiffre intègre l’utilisation des terminaux, des data centers et des réseaux télécoms qui contribueraient à la hauteur de 54 % à toutes ces émissions.

En mode Gamer

Mais le phénomène le plus remarquable est bien celui de l’explosion des jeux vidéo. Le 18 mars – au lendemain de l’obligation de confinement - le record de 20 millions de joueurs simultanés était battu sur la plateforme de téléchargement Steam. Alors que l’épidémie fige de nombreux secteurs économiques, celui du jeu vidéo atteint des sommets ! Et ce seul secteur serait responsable de l’émission de 37 millions de tonnes d’équivalent de CO2…

Le numérique est actuellement responsable de 3,8 % des émissions de Gaz à Effet de Serre, soit quasiment autant que l’aviation civile.

En conclusion

Alors, qu’en déduire ? L’examen de l’impact environnemental de cette période de confinement est une chose. Les conséquences sur la durée en sont une autre.

Le chercheur François Gemenne, membre du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) estime, au sujet de la Chine : « La surmortalité liée à la pollution atmosphérique y est estimée à un ou deux millions de personnes chaque année, et la pollution a diminué de 20 à 30 % pendant la crise (…) la diminution dans l’air de ce polluant (NDLR : le dioxyde d’azote NO2) qui est l’un des plus problématiques pour notre santé, devrait épargner plus de vies humaines que le virus en aura coûté »… A méditer !

Mais surtout, restez confinés, et prenez soin de vous et de vos proches !