20 mai 2019

« Les jeunes sont à la recherche d’une flexibilité maximale en termes de mobilité »

Une conversation avec Erwin Malcorps (CEO Sweco)

Mobility as a Service (MaaS) : un terme qui n’est plus aujourd’hui tabou dans la politique de mobilité de nombreuses entreprises. C’est le cas notamment du bureau d’ingénieurs conseils Sweco, qui s’est penché l’an dernier sur sa politique de mobilité et a décidé de la transformer radicalement. L’heure était venue de repenser en profondeur la mobilité interne pour ce bureau de consultance spécialisé notamment dans les solutions durables pour les adjudications publiques. Le résultat ? Des voitures de société électriques s’inscrivant dans le cadre d’une mobilité plus vaste. LeasePlan a rencontré Erwin Malcorps, CEO de Sweco, pour parler des motivations de l’entreprise.

Dans quels domaines cette nouvelle approche en termes de mobilité s’exprime-elle ?
Lorsque nous avons radicalement transformé notre politique de mobilité l’an dernier, nous avons été submergés de réactions positives de la part de nos collaborateurs et de nos clients. Lorsque l’on suit les débats politiques actuels, on constate que le visage de l’entreprenariat durable apparaît déjà totalement différent. En tant qu’entreprise, il faut prendre le train en marche, sous peine de ne jamais pouvoir le rattraper dans quelques années. Nous proposons aussi à nos clients des solutions de mobilité en tant que bureau d’ingénieurs conseils et nous misons donc beaucoup sur ces solutions pour les administrations publiques.

De quelle manière précisément ?
Nous travaillons beaucoup sur la mobilité dans la région d’Anvers. Et nous développons des solutions de mobilité à la fois au niveau des administrations communales et de la région. Au moyen de comptages et d’analyses d’impact, nous soutenons de manière scientifique l’élaboration de solutions pour l’offre en transports publics et la mobilité de substitution à grande échelle.

En tant qu’entreprise, vous ne pouviez pas non plus rester en retrait…
La conscience sociale était très forte et nos collaborateurs étaient demandeurs de nouvelles avancées sur le plan de la mobilité en interne. Nous avons ainsi défini divers grands principes. Le premier consiste à éviter les déplacements. Même si cette idée peut paraître simpliste, son impact est déjà très important. Ainsi, les collaborateurs sont encouragés à aller travailler dans un autre bureau si celui-ci est mieux situé et le télétravail est devenu une évidence. Si nous ne pouvons pas éviter le déplacement - et c’est le deuxième principe - il faut réfléchir à la manière de s’assurer qu’il possède le caractère le plus durable possible. Nous encourageons dès lors l’utilisation des transports en commun et du vélo, qu’il soit électrique ou non. Afin de faciliter l’emploi de ces solutions, nos bureaux sont implantés à proximité de grands nœuds de transports publics. Et enfin, notre troisième grand principe, c’est le renouvellement de notre parc de voitures de société. Nous sommes une entreprise essentiellement active dans le secteur de la construction et de nombreux déplacements doivent encore inévitablement s’effectuer en voiture. Nous essayons que ces trajets se fassent de la manière la plus durable possible en stimulant nos collaborateurs à opter pour la voiture électrique.

Est-il dès lors possible pour chacun de vos collaborateurs de choisir une voiture électrique ?
Aujourd’hui, tous nos collaborateurs possèdent en effet une option électrique. Nous n’imposons pas des targets, mais nous voulons stimuler nos collaborateurs à rouler en électrique sans que cela ne devienne une obligation. La dernière commande montre clairement que l’option électrique est de plus en plus privilégiée. Cette approche semble donc porter ses fruits.

Avez-vous mis sur pied des initiatives particulières pour faciliter la transition vers l’électrique ?
LeasePlan nous a énormément aidé pour lutter contre les préjugés liés à la voiture électrique grâce à des conseils et des exemples pratiques. Nous avons ainsi mis sur pied de nombreuses séances d’essai avec plusieurs voitures électriques sur nos différentes implantations. Sur le site de chacun de nos bureaux, nous avons également installé des bornes de recharge, ce qui permet de franchir bien plus aisément le pas vers l’électrique. L’argument classique qui demeure un frein à l’adoption de la voiture électrique, c’est évidemment l’autonomie. Pour les déplacements quotidiens, celle-ci est relativement suffisante. Mais pour les vacances, c’est beaucoup plus compliqué. Afin de résoudre ce problème, nous avons mis sur pied en interne un système de pool qui permet aux collaborateurs disposant encore d’une voiture à moteur thermique classique de la mettre sur base volontaire à la disposition des collègues lors de leurs vacances, par exemple s’ils rejoignent eux-mêmes leur destination de vacances en avion.

 

Les collaborateurs optant pour l’électrique bénéficient-ils d’un encadrement supplémentaire, par exemple en disposant d’une borne à domicile ?
Proposer une borne de recharge personnelle est difficile sur le plan fiscal car il est complexe de réaliser un investissement sur la propriété privée d’un collaborateur. Mais nous discutons avec différents fournisseurs pour effectuer un achat groupé d’infrastructures de rechargement pour nos collaborateurs. Les véhicules peuvent aussi être rechargés sur le réseau des bornes publiques grâce à une carte de recharge. Et nous appliquons le principe de split bill pour la facture d’électricité.

Quelle est actuellement dans votre flotte la ventilation entre voitures électriques et voitures conventionnelles à moteur thermique ?
Nous avons aujourd’hui environ 10 voitures électriques pour une flotte totale de 500 voitures de société. Mais à court terme, elles seront plus nombreuses. Je suis convaincu qu’entre 1/4 et 1/3 des nouvelles commandes concerneront désormais des voitures électriques. Et nous espérons atteindre les 100 % de véhicules électriques d’ici quatre ou cinq ans.

Quelles sont les réactions des premiers collaborateurs passés à l’électrique ?
Ceux qui ont franchi le pas sont très enthousiastes. Mais ce sont évidemment les vrais believers et les early adopters qui ont fait ce choix sur le base d’un engagement personnel. Cependant, même ceux qui hésitaient et qui ont quand même franchi le cap disent aujourd’hui qu’il s’agit simplement d’adopter une autre façon de penser. Comme avec son smartphone, il faut systématiquement penser à recharger son véhicule. Mais une fois qu’on a pris cette habitude, il est très agréable de rouler en voiture électrique.

Avez-vous également choisi personnellement d’effectuer cette transition ?
C’est prévu lorsque le contrat de mon actuelle voiture de société arrivera à échéance à la fin de l’année. Je suis en train de regarder quel modèle je vais choisir. Ce qui est déjà certain, c’est qu’il ne s’agira pas d’une hybride, mais bien d’une voiture 100 % électrique.

Parmi quels modèles électriques vos collaborateurs peuvent-ils aujourd’hui choisir ?
Nous commençons avec la smart électrique. Je pense que nous en avons huit. La e-Golf est très populaire chez nos collaborateurs aujourd’hui. C’est le modèle le plus commandé. Avant, c’était la BMW i3, dont nous avons encore quelques exemplaires dans la flotte. Nous regardons pour l’instant un peu plus loin, puisque l’offre commence à s’élargir. Surtout pour les fonctions de management. La Jaguar I-PACE sera certainement un modèle à prendre en compte. Tout comme la Tesla 3. L’Audi e-tron, indépendamment de son prix, est un modèle très prometteur. Idem pour la Mercedes-Benz EQC.

Pour les autres options en termes de de mobilité, utilisez-vous des applications de mobilité ?
Nos collaborateurs peuvent faire appel à différentes solutions. Ils peuvent ainsi tout simplement commander des tickets (de train) via le service du personnel. Mais pour la facilité, nous proposons la plate-forme Olympus, qui permet d’évoluer vers une solution Mobility as a Service. En fonction du jour et du type de déplacement, nos collaborateurs peuvent ainsi choisir la solution de mobilité la plus adaptée. Mais il existe évidemment des limites puisque de nombreux collaborateurs doivent être présents durant la semaine sur divers sites. La plupart de nos bureaux étant situés à proximité d’importants nœuds de transports publics, l’utilisation du train est déjà assez répandue. Les applications permettent alors de combiner aisément les autres solutions de mobilité pour les trajets.

Quelle est la fréquence d’utilisation d’une appli comme Olympus aujourd’hui ?
Grâce à une plate-forme de ce type, nous pouvons facilement cartographier le caractère durable des déplacements quotidiens de nos collaborateurs bureau par bureau. Certains bureaux sont pour cela mieux situés que d’autres et cela se voit naturellement dans les chiffres. Pour notre bureau situé au centre de Bruxelles, nous en sommes à environ 90 % de déplacements durables. Pour notre bureau d’Anvers-Berchem, qui a ouvert durant l’été 2018, nous avons beaucoup investi sur la mobilité durable et nous en sommes déjà à quasiment 50 % de mobilité durable. Pour la région d’Anvers, c’est un pourcentage assez élevé. À Gand, nous avons aussi des chiffres élevés.

De quelle manière les collaborateurs sont-ils encouragés à adopter des modes de déplacement durables ?
Aujourd’hui, la voiture de société reste particulièrement avantageuse sur le plan fiscal. Et nous continuons à proposer cette solution à nos collaborateurs, surtout que nous devons effectuer de très nombreux déplacements vu que nous sommes actifs dans le secteur de la construction. Il sera difficile d’éliminer un jour la voiture de société et je n’y crois d’ailleurs pas. Ce que nous voulons déjà mettre en œuvre en tant qu’entreprise, c’est permettre à nos collaborateurs d’opter le plus facilement possible pour des solutions de mobilité durables. Celui qui dispose d’une voiture de société peut aussi bénéficier d’un abonnement de train ou d’une indemnité vélo. Nous essayons de stimuler au maximum le recours à ces solutions. Cela coûte de l’argent à notre entreprise car nous ne pouvons pas en retirer directement des avantages sur le plan fiscal, mais nous pensons vraiment que si nous motivons nos collaborateurs à effectuer un maximum de déplacements sur un mode durable, cela représente à terme la solution la plus avantageuse – et la plus durable…

Lorsque je parle avec des personnes d’autres entreprises ou quand je reçois des candidats à l’emploi, je vois bien que de nombreuses entreprises essaient de proposer toutes les alternatives, surtout aux collaborateurs roulant en voiture de société. Mais c’est la voiture de société ou le reste. Et la conséquence, c’est que tout le monde se retrouve bloqué dans les embouteillages du tunnel Léopold II avec sa voiture de société car ils n’ont pas la possibilité de venir parfois en train. En permettant et en facilitant l’accès aux autres solutions, les travailleurs vont de plus en plus souvent opter spontanément pour les solutions de mobilité de substitution. C’est une philosophie que nous soutenons énergiquement au niveau de l’entreprise, et donc aussi au sein de la direction, afin de stimuler au maximum nos collaborateurs dans ce sens. Et on constate que l’idée commence à s’installer lentement au niveau de chacune des couches de l’organisation.

Chez vous, les solutions s’additionnent plutôt que d’être choisies en remplacement des autres.
En effet, et c’est quelque chose que nous entendons souvent de la part des jeunes collaborateurs qui débutent chez nous : ils recherchent précisément cette flexibilité et cette souplesse. Il ne faut pas imposer trop de règles. Ces jeunes ne veulent surtout pas être enfermés dans un carcan et devoir choisir une solution plutôt qu’une autre. Ces nouveaux collaborateurs essentiellement sont à la recherche d’une flexibilité maximale, également sur le plan de la mobilité.

Est-il nécessaire de faire des sacrifices dans d’autres domaines si l’on bénéficie de cette flexibilité ?
Non. Il s’agit simplement d’un extra. Nous proposons aussi par exemple un Flex Income Plan dont peut faire partie la voiture de société. Le collaborateur peut choisir volontairement de s’en passer pour augmenter son salaire brut. C’est le début d’un budget mobilité. Aujourd’hui, l’avantage fiscal de la voiture de société est encore tellement important que la compensation brute que l’on peut avoir en échange n’est pas suffisante, même si l’on propose en parallèle toutes les autres solutions de mobilité. Nous sommes donc très curieux de voir comment tout cela va évoluer dans les années à venir.

COPYRIGHT FOTO: Jurgen Dooms

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